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Il est d’usage de dire que le Titanic doit son naufrage à l’arrogance des ingénieurs. Il y a peut-être un peu de vrai. Les ingénieurs devaient souvent « passer en force » pour imposer leurs idées nouvelles et parfois iconoclastes.

Au-delà des ingénieurs, la soif de progrès à cette époque était en effervescence en occident, en particulier dans le monde de la finance. Cette effervescence donnait lieu à toutes sortes de brutalités comme le raconte l’histoire du Titanic.

 

Ce paquebot est construit à une époque où la migration des Européens vers les États Unis est à son sommet. Comme le montre le film éponyme, dans cette migration, il y a les laissés pour compte, qui vont tenter leur chance, et les argentés qui vont y faire prospérer leur fortune.

La marine motorisée supplante définitivement la marine à voile. Il est temps de faire des paquebots qui, comme le chemin de fer, exhibent la puissance de la technologie, mais aussi de la finance privée détenue en partie par la bourgeoisie industrielle naissante.

Le Titanic est un concentré d’ambition. Le chantier de construction dure plus longtemps que prévue et surtout plus cher. Les investisseurs sont pressés de le mettre à l’eau pour commencer à récupérer leur mise. Pour aller plus vite et coûter moins cher, des pans entiers de la coque sont assemblés avec 2 rivets là où il était prévu d’en mettre 3.

Les chaudières embarquées sont des gouffres à charbon. Pour traverser l’Atlantic, il faut en charger des quantités énormes. Le charbon ne peut être stocké en très grande quantité : le poids le rend inflammable. Il est donc stocké dans des compartiments. Néanmoins, il va s’avérer qu’un des compartiments au moins présente une surchauffe excessive. Le capitaine refuse de faire de partir le paquebot dans ces conditions. Les investisseurs s’y opposent. Sous la pression, il se résout à partir, mais rapidement le danger se confirme.

Il se trouve face un dilemme : faire évacuer le charbon qui devient chaque jour plus incandescent au vu de tous les passagers et au risque de tomber en maque de carburant ou revenir le plus vite possible. Une fois encore, les investisseurs imposent une troisièmes solution : ils lui intiment l’ordre d’aller le plus vite possible à destination en brûlant en priorité le charbon qui pose problème.

C’est ainsi que le Titanic se lance dans une course folle. Son inertie, au regard de sa vitesse, le rend incapable d’éviter un iceberg qui racle la coque, précisément à l’endroit où il n’y avait que 2 rivets sur 3.

 

Cette histoire tragique raconte qu’en amont de ces progrès technologiques, il y a la finance. Elle nous met au pied du bilan du 20ème siècle : qu’avons-nous sacrifié d’autre depuis le Titanic, poussés par les injonctions de la finance ? L’ampleur des drames sont-ils homothétiques à nos grands paquebots actuels ? le Titanic a un tonnage 5 fois plus petit que nos paquebots actuels !

 

Nos aînés ont pris conscience que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Nous commençons à vouloir une « finance aux finalités comprises » par les citoyens et leurs représentants. Les progrès ne se font pas sans erreurs, mais cacher les erreurs est une manière de construire des drames sur le moyen terme. Les citoyens impliqués sont des citoyens vigilants, c’est la force du collectif.

 

Le 20ème siècle a été un temps de progrès plus rapide que la terre n’ait jamais eu à gérer. Ces progrès ont été plus rapides que la capacité d’adaptation de nous-même et de notre environnement. La finance a sa part de responsabilité dont la principale est celle d’entraver les progrès en matière de démocratie.

Le numérique, le niveau culturel de nos concitoyens, les progrès en matière de communication nous permet d’évoluer dans nos modes de gouvernance. Voici un des challenges du 21ème siècle.