Revenu universel & monnaies intelligentes
Par genevieve-b. dimanche 31 octobre 2021, 14:28. atelier des doctrines Monnaies complémentaires revenu de base | Lien permanent.
Instruments de gouvernance pour le 21ème siècle
Par Geneviève Bouché pour le Gand Orient de France
Le revenu universel est présenté comme une idée généreuse et sa mise en application inéluctable.
Cette idée est poussée par les géants du numérique qui savent que la robotisation détruit l’emploi et que, si les citoyens n’ont plus de paie, il faut leur accorder un minimum de ressources pour qu’ils demeurent des clients.
Cette idée n’est pas transposable en Europe.
Mais, une approche plus prometteuse est possible.
Une IA fait un Résumé en vidéo
Une idée simple en apparence, hasardeuse en réalité
Le revenu universel délivre un message qui constitue une insulte aux citoyens :
« Faites ce que vous voulez, mais respecter quelques règles d’hygiène sociale et sanitaire. D’ailleurs, nous vous donnons les moyens minimums pour le faire ».
Cette boutade est une provocation, mais elle est aussi la base du concept pour ses promoteurs qui ont déterminé le montant de ce revenu en répondant à la question :
« Combien coûte un pauvre à la communauté » ?
Ils se sont posé cette question parce que nous savons que nous voulons rationaliser notre manière de produire et de consommer. Ceci nous amène inexorablement à « produire moins mais mieux ».
Ce « moins » va prendre peu à peu une ampleur considérable.
Par exemple : appliqué à l’automobile, un des moteurs de l’économie européenne, cette forme d’économie réduit les besoins de production dans un facteur de 10 à 1 !
La rationalisation passe par la robotisation afin de produire de manière plus fiable et moins chère que le moins cher des pays à bas coût.
Comme nous l’a annoncé la courbe d’Oxford 2013, cette robotisation grignote en priorité les tâches allouées à la classe moyenne.

De fait, nous le constatons que le marché du travail est en attrition, même si quelques profils sont en tension dans certains secteurs.
Or, dans le système actuel, pour que l’économie tourne, il faut des acheteurs. Dans notre narratif, les acheteurs sont les travailleurs. Alors, si le travail se fait rare, il faut injecter de l’argent sur les comptes bancaires des ménages.
Mais, nous sommes des Européens : nous sommes fondamentalement des stoïciens. Nous sommes attachés à la notion de droit et de devoir. Pour nous, à travers le travail, il y a une notion d’insertion sociale, qui se matérialise par une récompense pécuniaire et cette récompense pécuniaire permet de s’assumer soi-même ainsi que sa famille. Ce processus concrétise notre désir de droits et de devoirs accompli.
Le revenu sans contrepartie ne va donc pas de soi pour les Européens et violer leurs réticences serait une erreur culturelle grave dans notre histoire. Il faut donc voir la chose autrement. Or, justement, ceci est non seulement possible, mais souhaitable.
Une autre approche possible et souhaitable
Nous sortons de la sédentarisation dont le dernier chapitre aura été l’ère industrielle qui a été dominée par la pensée anglo-saxonne, caractérisée par la marchandisation à outrance.
Par ailleurs, nous avons l’impression que nous sommes désormais capables d’assurer les besoins primaires du plus grand nombre. C’est donc tout naturellement que nous souhaitons nous tourner vers la satisfaction de besoins d’un niveau supérieur.
De fait, sans se référer particulièrement à la pyramide de Maslow, les générations montantes se tournent spontanément vers des activités qui développent l’estime de soi, celle que l’on ressent en recevant de la gratitude. Cette gratitude, nous l’obtenons en nous occupons du bien commun.
Ainsi, en combinant l’économie circulaire et la robotisation, les blocs géopolitiques vont progressivement produire eux-mêmes leurs yaourts et leurs avions. Leurs échanges vont se concentrer sur les matières « premières-premières » et les produits d’exceptions, ceux que l’on produit avec du savoir et du talent.
Alors, enraciner les savoirs et faire prospérer les talents va devenir un facteur majeur de compétitivité. Pour y parvenir, il est nécessaire de se doter d’un terreau socioculturel et démocratique de haut niveau. Pour cela, nous allons naturellement réorienter le temps libérer par la rationalisation des activités productives vers le développement du bien commun : ce sont les activités contributives.
Pour le moment, les activités contributives sont dévolues au volontariat ou au bénévolat ce qui revient à une non-reconnaissance et qui devient donc inapproprié pour des tâches devenues stratégiques pour la communauté.
Nous allons en profiter pour redonner sa juste place à l’économie agraire, celle qui s’occupe de notre lien avec la nature, car elle a été écrasée par l’économie productive.
Diversification de notre système économique
Ainsi, notre système économique se dédouble inexorablement :
- L’économie agraire la plus ancienne et qui repose sur la rente de la terre,
- L’économie productive, dédiée à la satisfaction des besoins primaires des individus, la seule que reconnaisse notre système socio-économique actuel. Elle repose sur la rente du capital,
- l’économie contributive, dédié au développement du bien commun. Plus précisément :
- à la famille,
- aux savoirs et à l’innovation,
- à la culture,
- à la démocratie,
- à la spiritualité.
Elle repose sur la rente du patrimoine humain.
La création de valeur, dans chacune de ces économies, se comporte de manière différente.
- La production agricole est relativement prévisible et les accidents de parcours relativement assurables,
- Les biens et les services se déprécient à l’usage ou avec le temps. Tout y a une métrique,
- Les richesses créées et échangées dans l’espace contributif (savoirs, expérience, attention, réflexion, résolution de conflits…) se bonifient à l’usage et avec le temps sans qu’il soit possible de chiffrer quoi que ce soit de manière fiable.
Ainsi pour récompenser la création de valeur dans l’espace contributif, il n’est pas possible d’utiliser la monnaie dette que nous avons développée au fil du temps depuis près de 10 000 ans pour nos échanges commerciaux.
Nous devons donc innover car nous avons désormais besoin de reconnaître et mettre en symbiose ces deux formes d’économie et donc de disposer d’outils de gouvernance.
Diversification monétaire
Opportunément, la monnaie devient numérique et donc potentiellement intelligence.
Par exemple nous pouvons faire cohabiter des monnaies complémentaires, l’une dédiée aux activités productives (l’actuelle) et l’autre dédiée aux activités contributives. Ces monnaies sont liées avec des règles d’interopérabilités évolutives pour permettre aux citoyens de diversifier leurs modes de contribution à la société en tenant compte de leur parcours de vie respectif.
Cette idée n’a rien de futuriste. Les technologies sont disponibles et la nécessité de se les approprier devient chaque jour plus nécessaire car pour le moment, pour satisfaire les besoins contributifs de plus en plus variés et coûteux ainsi que pour soutenir le secteur agricole, les Etat s’endettent.
Or, grâce au traitement en temps réel des transactions, le recours aux monnaies complémentaires intelligentes permet de sortir d’une fiscalité hypercomplexe et d’un système redistributif devenu surhumain.
Ceci nécessite une démocratie de haut niveau. Or justement, consacrer du temps à la démocratie fait partie des activités contributives : elles nécessitent de l’engagement et donnent lieu à récompense.
Cet exemple permet d’illustrer la nécessité de rendre la monnaie contributive fondante (la partie non utilisée disparaît en fin de mois). En effet, étant fondante, la monnaie contributive permet aux citoyens de récompenser les contributeurs qu’ils estiment méritants.
