Fin de la cousinade occidentale ?
Par genevieve-b. dimanche 13 avril 2025, 18:58. le billet du dimanche civilisation | Lien permanent.
Tour à tour, des nations rayonnent culturellement et technologiquement.
Rien que dans les régions proches de nous, nous avons connu, par exemple, les Égyptiens, les grecques, les romains, les Français, les Anglais…
Les USA cèdent leur place, pour des raisons multiples.
La plus fondamentale est l’épuisement de son projet de société.
Ceci reconfigure nos relations avec ce pays et impose la construction d’un projet qui nous convienne.
Ce que nous dit l’Histoire
Une période de prospérité part d’une situation nouvelle et dynamisante qui fait émerger des belles personnes porteuses de projets mobilisateurs.
Mais peu à peu, le contexte change, les leaders de la première heure sont mal relayés, les institutions s’avachissent, les dogmes initiaux deviennent toxiques…
Alors, une autre population en profite, souvent après avoir capté la richesse de son challenger (territoires, matières premières, connaissances).
C’est ce que vivent les USA.
Les lanceurs d’alertes ont été clairs !
En 1995, peu avant sa mort, dans son livre « THE DEMONHAUNTED WORLD Science as a candle IN THE DARK », tel l’animal qui sent un cataclysme venir, Carl Sagan nous alerte sur la désespérance qui se repend dans l’intelligentsia américaine.
"J’ai un pressentiment concernant l’Amérique à l’époque de mes enfants ou petits-enfants — quand les États-Unis seront une économie de services et d’information ; quand presque toutes les industries manufacturières se seront évaporées vers d’autres pays ; quand des pouvoirs technologiques impressionnants seront entre les mains d’une infime minorité, et personne représentant l’intérêt public ne pourra même saisir les enjeux ; quand les gens auront perdu la capacité de définir leurs propres priorités ou de questionner avec discernement ceux qui détiennent l’autorité ; quand, agrippés à nos cristaux et consultant nerveusement nos horoscopes, nos facultés critiques en déclin, incapables de distinguer entre ce qui fait plaisir et ce qui est vrai, nous glisserons, presque sans nous en apercevoir, vers la superstition et l’obscurité…"
Rembobinons le film
Les USA, et plus particulièrement les états du nord, sont nés de la volonté de la City pour créer l’industrie 1.0, relayant l’industrie 0.0 de l’Europe qui commençait à devenir obsolète à bien des égards.
Une nation de pionniers est née, combative et brutale au début du 20ème siècle, largement composée avec "les malaimés" de l’Irlande et de l’Europe de l’Est.
Cette nation, peuplée des déçus des formes de pouvoir en Europe, se voulait messianique.
Plus concrètement, elle voulait conquérir le monde par la maîtrise des mers (JP Morgan) puis par la finance (années 90), puis finalement par la donnée (années 2000).
Les USA se sont mis à croire en la domination du monde par les entreprises privées, maîtrisant l’ensemble des données de tous les agents économiques ! C’est « l’Etat profond de seconde génération », censé être gouverné par des machines et non par des démocraties.
Or, si le modèle basé sur « la croissance infini dans un monde fini » n’a pas été convaincant, celui de « l’Etat profond de seconde génération » l’est encore moins !
Notre opportunité
Carl Sagan écrit ces lignes en 95. C’est la période où le soft power nord-américain impose en occident la doctrine selon laquelle hémisphère nord conçoit et consomme ce que les pays du sud produisent.
Ce projet de société débouche sur la "religion du rien" dénoncée par Emmanuel Todd.
Les intellectuels nord-américains ne parviennent pas à transformer leur ambition en nouveau projet de société. Effectivement, il n’y a pas matière, comme l’exprime douloureusement Carl Sagan !
Finalement, ils préconisent l’autoritarisme. De son côté, l’Europe pense à des gouvernances qui vont, cette fois-ci, du local vers le global puisque les citoyens le réclament et que le numérique rend cela possible.
Deux projets de société se dessinent.
Sauve qui peut !
L’arme d’influence massive (les datas), l’arme de dissuasion et l’arme financière dont se sont dotés les USA se mettent à poser des problèmes de leadership. Plus de confiance, plus d’hégémonie.
Le clan Trump propose d’entrer dans une guerre de la finitude (accaparement des ressources).
De son côté, l’Europe repense sa démocratie pour la rendre bidirectionnelle, ainsi que ses relations avec ses partenaires afin de les baser sur la réciprocité.
Violence ou patience : les Occidentaux peuvent choisir le bord de l’Atlantique qui leur convient. Mais ce divorce aurait pu être évité : Carl Sagan avait pressenti le délitement de ce qui a fait les couleurs du rêve américain, mais en 1995 qui pouvait l’entendre dans le vacarme de la publicité consumériste…
Il est quasiment acté.
Un grand merci à Didier Chambarédaud qui m’a fait connaître cet ouvrage de Carl Sagan.
