La réindustrialisation commence par un commissariat au plan façon 21ème siècle
Par genevieve-b. dimanche 6 juillet 2025, 16:26. commissariat au plan futurologie | Lien permanent.
Laurent Moisson commente une intervention d’Olivier Lluansi au titre du collectif des Forces françaises de l’industrie dans un billet sur linkedin.
Les raisonnements portent à débat. Voici mes réactions au regard de mes origines familiales (famille d’industriels) de ma formation (dont celle de commissaire au plan) et de mon parcours (dirigeante fondatrice d’entreprise).
Olivier Lluansi dénonce le manque de connaissance des hauts fonctionnaires et de la classe politique en matière d’interaction entre les agents économiques.
Le profil pour être chef d’entreprise et celui d’un haut fonctionnaire n’est pas le même. La raison d’être de ces fonctions le justifie. Les premiers font tourner les entreprises. Les seconds font tourner l’Etat.
Encore faut-il que chacun fasse bien son travail avec des moyens appropriés. Or, actuellement, entre les dirigeants d’entreprise et les hauts fonctionnaires, il manque les commissaires au plan, répartis sur 3 focales :
- Les futurologues qui travaillent sur le long terme et donnent des orientations ainsi que d’éventuelles alertes. Pour cela, ils agrègent l’état de connaissances dans de nombreux domaines tels que la géologie, la climatologie, la démographie, l’anthropologie, l’économie, la géopolitique et ils sont à l’écoute des arts et du monde des innovations…
- Les prospectivistes qui travaillent sur le moyen terme en donnant des recommandations visant à préparer les futurs souhaitables,
- Les prévisionnistes qui surveillent l’évolution vers les futurs souhaitables et donnent aux dirigeants d’entreprises et aux hauts fonctionnaires leurs recommandations et leurs alertes.
Ceci est d’autant plus embêtant qu’avec la mondialisation du 20ème siècle, tout est devenu très compliqué. Les modes de pensée du 20ème siècle, qui sont néanmoins encore retransmis, ne fonctionnent plus.
Bercy héberge des ingénieurs du corps de mines, des ponts et de bien d’autres grandes écoles. Ils partent de l’idée que nos ingénieurs sont capables d’apporter des réponses à tous les problèmes techniques. Je l’ai vécu et je dois admettre que, correctement challengés et équipés, nous pouvons faire beaucoup.
Mais, ce sont des ingénieurs, pas des macro-économistes et encore moins des futurologues. Pour éviter les bévues, il faut être capable d’agréer des données issues de nombreuses sources, dont la géopolitique, mais aussi tout ce qui touche le long terme afin de comprendre comment se mettre en pôle positions pour bâtir un futur souhaitable. C’était le rôle du commissariat au plan tel que l’avait voulu le général de Gaule.
Nous avons donc un point faible à combler d’urgence.
Selon Olivier Lluansi, les chefs d’entreprise « vivent cachés »
L’idée du patron qui exploite les travailleurs a la vie dure en France. Les syndicats de travailleur, néanmoins en perte de vitesse, ont leur part à prendre. Mais réciproquement, les salaires indécents versés aux dirigeants doivent amorcer la décrue.
Inversement, les sacrifices des dirigeants de petites entreprises ne doivent pas être cachés. Ils doivent même être aidés (vaste sujet… ).
Une entreprise est une affaire collective, à l’intérieur de l’entreprise, mais aussi au sein de son écosystème. C’est la tendance qui se met en place en cette période de recomposition de notre tissu entrepreneurial.
Nous parlons largement de transition environnementale. Nous devons aussi parler de transition de pacte social. L’élan patriote qui s’amorce face aux dangers divers actuels est une opportunité.
En effet, nous ne pouvons pas luter économiquement face à des pays dont les marchés intérieurs sont en expansion et où règne la tolérance en matière de protection sociale. Nous devons repenser notre pacte social en misant précisément sur la recomposition de notre tissu entrepreneurial : un tissu créatif et réactif, dont la structure est radicalement différente de celle du 20ème siècle.
Olivier Lluansi prend 2 exemples
1/ La voiture électrique : Bruxelles souhaite que nous la développions à marche forcée, alors que nous partons avec « un métro de retard » face à la Chine.
Cet exemple met en relief le manque de profondeur de réflexion des acteurs qui sont intervenus dans ce départ loupé. Nous ne devons pas simplement réorienter notre industrie automobile vers l’électrique, nous devons la réorienter plus globalement vers la mobilité. Ainsi, d’un « métro de retard », nous nous plaçons avec « un métro et demi d’avance » !
2/ La taxe carbone : l’exemple de l’acier est explicite. Il nous met plus largement face au problème de la traçabilité des produits que nous importons. Mais ne serait-il pas plus raisonnable de fonctionner au coup par coup plutôt qu’avec des règles bourrées d’exceptions ?
L’économie internationale doit redevenir une affaire d’intérêts croisés bien compris. Elle doit être basée sur la réciprocité.
L'opportunité de la décentralisation
Ces deux exemples mettent en relief les limites des organisations centralisées. Mais elles sont, je l’espère, progressivement abandonnées au profit des organisations qui vont du local vers le global. Car, voici une des belles opportunités sociétales que nous apporte le numérique !
C’est en cela que le commissariat au plan dont nous avons besoin à présent ne ressemble plus à celui du général de Gaule. Il doit aider le local et faciliter les agrégations de stratégies vers les intérêts globaux de la France et de l’Europe.