RADAR - Quelle place pour la société civile dans la défense en 2035 ?
Par genevieve-b. jeudi 10 juillet 2025, 11:41. à débattre intelligence collective souveraineté | Lien permanent.
L’armée protège nos terres et nos ressources qui nous sont essentielles pour vivre. Mais à présent, nos besoins deviennent de plus en plus immatériels et les guerres se dématérialisent également.
Comment la mobiliser ? Quelle importance revêt-elle ?
Préparer les citoyens
Dans son talk TEDx 2020 sur « comment être un soldat en 2025, bardé de technologie ? »[1], Michel Goya répond que l’important réside plus dans la préparation du soldat que dans son équipement.
L’armée tient sa raison d’être dans sa capacité à protéger nos terres et nos ressources. Mais à présent, elle est confrontée à un besoin nouveau : protéger notre patrimoine humain et sa capacité à prendre part au développement de la prospérité qui passe par de la création de valeur de plus en plus immatérielle.
Les formes de guerres deviennent diffuses et insidieuses. Elles impliquent les citoyens et donc nécessitent leur engagement. Ils doivent donc être préparés. Pour cela, les institutions doivent être en mesure de canaliser l’engagement des citoyens pour le rendre efficace.
Mais, pas de mobilisation de la société civile sans partage des fondamentaux d’un modèle global de société, les nuances étant l’affaire des partis politique et du système démocratique.
Revitaliser nos valeurs
Nous avons à nous relever de 70 ans de soft power américain[2].
- Depuis la dernière guerre mondiale, l’Europe a été structurée pour être un espace économique composé de pays qui ne se font plus la guerre et qui sont suffisamment prospères pour absorber les surplus de l’industrie américaine.
- L’Europe protège ses consommateurs mais pas son tissu industriel ni son patrimoine culturel profond.
- Son modèle de démocratie doit être suffisamment stable pour produire des talents et des savoirs faire qui sont absorbés par cette même industrie américaine.
Mais à présent, tout change.
- Les USA importent l’essentiel de leurs besoins manufacturés et nous vendent essentiellement des services, en particulier financier, numériques et du conseil. Ceci entrave notre souveraineté et nuit à notre prospérité.
- Faute de projet de société fédérateur, notre démocratie devient vulnérable. L’arme d’influence massive que représentent les GAFAM et leur homologue chinois, les BATX, en profite sous différentes formes, dont le recrutement d’éléments vulnérables et agressifs.
Ceci nous amène aussi à dessiner un projet de société qui corresponde à notre vision du 21ème siècle. Les générations montantes sont de plus en plus précises sur leurs attentes :
- protection de l’environnement,
- une organisation qui favorise l’engagement citoyen en faveur de la souveraineté.
Le 11 juin dernier, j’ai été speaker au TEDx de Metz avec Madame la générale de division Anne-Cécile ORTEMANN qui a évoqué la nécessité de l’engagement des citoyens.
J’ai ensuite évoqué la nécessité d’avoir des institutions préparées à accueillir et organiser les multiples formes d’engagement.
Coopérer avec différents ministères
Cette préparation peut prendre de nombreuses formes.
- Bien entendu, nous devons prendre en main notre souveraineté numérique et mettre un terme au fatalisme et à l’opportunisme de nos dirigeants à ce sujet.
L’Europe a l’opportunité de crée son propre espace numérique, basé sur une architecture du 21ème siècle[3], qui épouse nos valeurs et qui ne s’accommodent pas du droit californien.
- Nous vivons actuellement une mutation sociétale profonde dont un des vecteurs est la prise de conscience que nous ne pouvons pas dompter la nature, mais composer avec elle. Ceci nous amène à rationaliser nos manières de produire et de consommer, ce qui nous amène à accepter la complexité : moins de main-d’œuvre et plus de cerveau-d’œuvre.
Pour y parvenir, nous devons réinventer les mécanismes de l’intelligence collective. C’est pourquoi les citoyens sont conduits à redécouvrir la notion d’engagement vis-à-vis de la collectivité.
Ils y sont prêts si le challenge repose sur l’idée que « plus de liberté nécessite plus d’engagement ».
Ceci nous amène à repenser nos attentes vis-à-vis du système éducatif. Certes les enfants doivent apprendre à lire, écrire, compter et à présent coder. Mais ils doivent apprendre à se comprendre et comprendre les autres afin de réaliser la manière de contribuer à la prospérité de la communauté.
A cette occasion, ils apprennent le fonctionnement du vivre ensemble et donc à protéger ce qui compte pour eux, leur proche et leurs concitoyens.
La part de l’armée
Reconquérir notre capacité à être maître de notre évolution est une affaire d’état de tout premier plan qui concerne l’ensemble du système régalien.
L’armée a pour vocation de protéger le système régalien. En l’espèce, elle doit intervenir en soutient de cette forme de renaissance en se concentrant tout particulièrement sur la prise de conscience que protéger la qualité de notre vivre ensemble est l’affaire de tous, mais que cela nécessite de la coordination.
De même que notre cerveau bénéficie d’un système immunitaire spécifique, l’armée peut être considérée comme la puissance dédiée à la protection de nos terres, nos échanges avec le reste du monde et notre patrimoine culturel et humain.
A ce titre, elle réinvente le service civique en conséquence et se coordonne avec nos institutions pour qu’elles permettent aux citoyens de contribuer à la protection de notre patrimoine culturel et humain. Elle prend la direction des opérations lorsque les attaques franchissent des limites guerrières.
En bref
- Préparer les citoyens et les institutions à faire face à des guerres « hybrides », diffuses, inscrites dans le long terme avec les moyens dissimulés.
- Prendre en main avec audace notre souveraineté numérique et culturelle. Adapter la feuille de route de nos systèmes éducatifs[4] et structurer en conséquence nos institutions.
Autant de projets passionnants qui constituent le cœur de mes travaux.
[1] Celui d’Issy les Moulineaux dont j’étais la réalisatrice.
[2] Dont l’accord secret Blum – Byrnes qui vend le rêve américain et ses héros salvateurs dans un monde toujours plus VUCA, mais aussi qui bloque le développement du numérique français destiné au grand public, laissant ainsi la place libre pour déployer l’arme de « persuasion massive » que constitue les GAFAM …
[3] Modulaire, fractal et interopérable sous condition.
[4] Primaire, secondaire et formation continue.