L’opportunité de créer notre numérique
Par genevieve-b. samedi 16 août 2025, 16:19. à débattre géopolitique numérique | Lien permanent.
Dans son dernier article (Cybernética), Tariq KRIM retrace « sa Silicon Valley » et ses difficultés à importer en France le meilleur de ce qu’il y a vécu.
Ayant vécu les chapitres précédents j’ai une vision sensiblement différente.
Mais nous sommes d’accord : il est temps de tirer les enseignements de cette époque terminée pour saisir l’opportunité de construire de numérique qui nous convient.
Avant ce qu’a connu Tariq Krim
De Gaule voulait que la France soit forte en nucléaire et en informatique.
Mais, des accords secrets (déclassés normalement en 2027) nous empêchaient de développer une "industrie du traitement de l’information" sauf pour des besoins "domestiques" que sont l’éducation, la santé et le militaire.
De Gaule a voulu ignorer cet accord. Cela a donné notamment :
- Les affres du « plan calcul »,
- Les luttes sans merci autour des normes des télécommunications (cf Louis Pousin et bien d’autres),
- La bataille de la souveraineté numérique (que j’ai vécue de très près). Il me semblait indispensable que les télécoms demeurent des infrastructures et non des services délégués à des entreprises privées,
- Le pillage des start-up réussies et des talents.
Aujourd’hui encore, nos élus, nos hauts fonctionnaires, nos chercheurs et tous les dirigeants de grandes entreprises qui sont dans le périmètre des grands cabinets de conseil américains sont nourris de certitudes selon lesquelles nous ne sommes pas capables de construire notre propre numérique et que ne pas suivre les innovations des géants du numérique américain est une manière de se disqualifier. L’IA est le thème du moment.
On voit où cela nous a menés : désindustrialisation et souveraineté numérique inexistante. Il est temps d’en tirer les leçons.
Comme n’a jamais cessé de le clamer Louis Pousin (architecture réseau) et moi-même (architecture fonctionnelle et géopolitique), le numérique est comme la monnaie : elle doit refléter la vision du peuple qui en dépend.
De par notre culture, qui est elle-même la résultante de notre géologie, nous aspirons à une gouvernance coopérative. Il nous faut un numérique modulaire, scalable et interopérable qui ne mutualise que des fonctions génériques.
Nos succès dans l’Open Source sont un atout.
Ce qu’il nous manque pour y parvenir
Tariq Krim raconte comment Fleur Pèlerin a bloqué son travail au motif qu’il n’était pas synchronisé avec sa feuille de route en tant que secrétaire d’État au numérique. Effectivement, la promesse du président Macron auprès des Français a été de faire de la France une « start-up nation ».
Or, ce que les Français ne savent pas, c’est que ce terme désigne une nation qui fabrique des start-up et qui, en cas de succès, les vend au plus offrant. Israël en est un brillant exemple. Mais ce pays est dans une configuration qui n’a rien à voir avec celle de la France.
Pour tenir cette promesse, le gouvernement devait mettre tout en œuvre pour faire germer des start-up ! Il a tenu cette promesse, sans réel succès, car : absence de stratégie de bout en bout (recherche, enseignement, stratégie industrielle, politique financière).
Bien entendu, il faut sortir de cette promesse au plus vite et revenir à des processus plus sérieux en matière de création de start-up et de recyclage des projets non aboutit.
Voir : les débutances – projet créé à l’attention de Jean Pierre Rafarin qui n’a pas suivi au motif que la priorité de l’époque était de développer la déclaration de revenus en ligne).
En effet, pour obtenir de réelles innovations il faut enchaîner des tentatives et transformer les échecs en retour d’expérience (les hommes et les acquis intellectuels et numériques).
Ceci se construit non pas avec des milliards d’€, mais essentiellement avec le désir de construire l’Europe numérique qui respecte nos spécificités nationales et donne de la force à notre coalition.
Nous pouvons revenir sur l’exaltation qu’ont connue les pionniers de la Silicon Valley qui avaient une feuille de route globale et toute latitude financière pour y parvenir (d’échec en échec) !