Quand nos stabilisateurs sociaux imposent la mutation sociétale
Par genevieve-b. dimanche 7 septembre 2025, 18:40. le billet du dimanche mécanisme monétaire pacte social économie | Lien permanent.
Maxime Combe, dans son billet sur Mediapart, repris sur Linkedin et Nicolas Dufourcq à la REF, également repris sur Linkedin, rappellent que les dépenses sociales sont les générateurs de dette dans les pays qui ont choisi de maintenir leurs amortisseurs sociaux.
Y renoncer n’est pas envisageable en Europe.
Alors : on fait quoi ?
Le cycle que nous aurions dû anticiper
L’ère industrielle a été possible en appliquant l’idée que les entreprises doivent financer leurs capacités de progrès. Pour cela, elles doivent grossir sans cesse.
Les entrepreneurs peuvent s’enrichir autant qu’ils le peuvent. En contrepartie, ils doivent proposer des emplois au plus grand nombre et générer de la fiscalité afin de permettre à L’Etat de remplir ses missions régaliennes et honorer les prestations sociales.
Mais cette logique a des limites :
- Elle génère des hyperriches qui deviennent trop puissants pour être canalisés par les démocraties. Avec la concentration des capitaux, les détenteurs agissent par eux-mêmes, indépendamment des intérêts de la communauté.
- Elles détruisent de l’emploi au fur et à mesure qu'elles génrent du progrès.
- Or, dans le même temps, deviennent de plus en plus exigeantes quant à de qualité des travailleurs sur le marché de l’emploi.
Les entreprises n’ont plus besoin d’une main-d’œuvre abondante et soumise. Elles ont besoin de talents variés, capables de collaborer et au plus haut niveau de leur potentiel. Cela s’obtient dans un vivre ensemble de haute qualité, c’est-à-dire une économie contributive dynamique.
Or, le progrès permet de réduire les coûts et finalement les prix, la fiscalité s'en trouve pénalisée. Ajouté au fait que les consommateurs deviennent plus rationnels et consomment moins mais mieux, les capacités à générer du chiffre d’affaire baisse et L’Etat s’en trouve pénalisé derechef.
Cela donne :
- De l’endettement,
- Des élus en désarroi,
- De l’insécurité intérieure et extérieure.
Donner sa place à l’économie contributive
L’économie productive est dédiée à la production des besoins primaires des individus tandis que l’économie contributive est dédiée au développement de la qualité du vivre ensemble.
L’économie contributive couvre le temps et l’énergie allouée par les citoyens dans les tâches suivantes :
- La famille, c’est-à-dire là où se forgent les belles personnes et se déroulent les parcours de vie des membres de chaque lignée,
- Le savoir, la culture, l’innovation, là où se forgent les actions entreprenantes,
- La démocratie qui permet aux citoyens de s’engager dans la vie « de la cité », c’est-à-dire dans leur environnement,
- La spiritualité qui permet aux individus de développer leur conscience d’appartenance à un collectif qui doit être respecté et protégé,
- Les résolutions de conflits (le plus gros morceau) :
- Sanitaires,
- Juridiques,
- Environnementaux.
Pour le moment, ces activités sont financées par les taxes et les impôts. Le reste est laissé à la charge des citoyens via le bénévolat et le volontariat.
Or, ces tâches deviennent de plus en plus déterminantes pour la compétitivité des nations alors que les taxes et les impôts, qui les financent, deviennent de plus en plus maigres, les institutions de plus en plus rigides et les citoyens de plus en plus inquiets !
La logique contre-intuitive à suivre
En vertu des dogmes économiques du siècle précédent, pour nos décideurs actuels, il demeure impératif de ne pas laisser ralentir la croissance du PIB afin que les revenus des entreprises et donc de L’Etat progressent. Alors, on finance les entreprises et on achète de la paix sociale afin qu’elle « soutienne la demande » et donc les entreprises. C’est ce qu’exprime ce graphique.
Ce dogme a certes permis de faire éclore l’ère industrielle avec succès, mais il a dépassé ses limites :
- Nous n’avons pas besoin de plus de pulls et de bouteilles d’eau. Et d’ailleurs, la planète se rebiffe : elle accélère ses évolutions climatiques et géologiques,
- Les générations montantes veulent produire et consommer mieux mais moins. Elles sentent bien que ce système n’a plus lieu d’être.
L’ère industrielle est née en Europe. Celle-ci est donc la première zone économique à être confrontée à cette limite. Les signes ne manquent pas. L’urgence devient patente.
« Toujours plus » dans un monde fini, cela fait au moins depuis les années 70 que nous le savons parce que le Club de Rome l’a dit du plus fort qu’il a pu !
La Chine compte sur les robots pour demeurer les usines du monde malgré son effondrement démographique, espérant ainsi terminer plus tard sa sortie de l’ère industrielle…
L’Europe doit gérer sa propre mutation sociétale en acceptant de revisiter son pacte social et donc les mécanismes monétaires qui en sont le support.
Il s’agit non pas de dominer le monde afin de capter les richesses des autres (les matières premières, les productions agricoles, les connaissances, l’énergie humaine, ou encore les datas…) : nous savons que sur le long terme, cette manière de faire se termine mal !
Nous devons développer de la prospérité en osant un nouveau modèle basé sur une gouvernance inversée (du bas vers le haut et non plus l’inverse) et des relations marquées par la réciprocité.
À peu près toutes les universités de rentrée qui viennent de se tenir en ont parlé, l’affaire est donc entendue !
L’Europe doit faire sa mutation par elle-même pour demeurer un coin de la planète attractif socialement et culturellement. Elle doit le faire en misant sur la capacité d’enthousiasme que cela représente pour ses citoyens.
Elle a l’opportunité de le faire car son « protecteur / prédateur », lui-même en « révolution », nous conduit de facto à recréer de nouvelles relations.
Comme je l’indique dans mon dernier talk TEDx, ce sont tous les fondements de notre civilisation qui sont à réajuster :
- La gouvernance : fin du mode hiérarchique au profit du collaboratif,
- L’occupation des territoires : déconcentration des décisions et des règles),
- La notion de propriété et de rente : partage de la création de valeur et non uniquement du profit,
A y regarder de près, cela amène à revoir mécanismes monétaires et financiers, ce qui est logique puisque les mécanismes monétaires reflètent les priorités d’une civilisation.
Le numérique est arrivé à maturité pour favoriser ses évolutions et nous avons les talents pour le faire.
Nous pouvons aller vers un modèle de société qui détermine le niveau de qualité du patrimoine humain dont nous voulons disposer et non l’inverse. Ce n’est pas l’économie productive qui le détermine. Elle exprime ses besoins et L’Etat construit les stratégies qui rendent cela possible en combinant l’économie contributive et l’économie productive.
Exemple de solution : « QUELLE(S) MONNAIE(S) POUR QUEL MODELE DE SOCIETE »