Même en 2025, si tu veux la paix, prépare la guerre
Par genevieve-b. dimanche 23 novembre 2025, 16:49. à débattre géopolitique numérique | Lien permanent.
Fabien Mandon, en cette période trouble, a rappelé face aux maires de France que la paix n’est pas éternelle.
Les trolls s’en sont emparés en affirmant que nos décideurs européens veulent la guerre.
Je vous invite à écouter 3 vidéos :
- Le talk TEDx du Général de division Anne-Cécile Ortemann. Elle explique de quel bis sont faits les hommes et les femmes qui s’engagent dans notre armée, mais qu’ils ont besoin d’avoir le soutien des citoyens pour donner sa pleine mesure,
- Le talk TEDx de Michel Goya. Il explique que ce qui compte dans l’armée, ce sont certes ses équipements, mais encore plus sa solidité mentale. À ce titre, elle est un bien précieux qui nous protège.
- Le podcast de Sismique qui décrypte l’état de guerre à laquelle nous faisons face, pris en tenaille entre la Russie et les USA.
À propos de la guerre et de la paix
Les progrès sociétaux sont le fruit de crises : elles cassent un peu tout et nous imposent des reconstructions intelligentes.
Parmi les crises, il y a les guerres. Voilà pourquoi les nations doivent se préparer à la guerre et prendre soin de leur armée.
Actuellement, nous sommes confrontés à une polycrise : climatique certes, géopolitique, mais aussi sociétale avec la fin de l’ère industrielle qui impose un renouveau .
Nous terminons en Europe une période de paix militaire qui nous a fait oublier la nécessité d’avoir une armée et d’en prendre soin.
Disposer d’un système immunitaire efficient nous semble indispensable, mais cela ne nous dispense pas de prendre soin de notre hygiène. L’armée, en quelque sorte, rempli cette fonction vis-à-vis de notre pays. Mais, nous devons aussi nourrir la cohésion de la nation.
En réalité, nous sommes en guerre depuis près de 30 ans à travers le cyberespace et les mécanismes financiers. Tous les citoyens sont visés. Au fil du temps, les dégâts sont considérables.
Voilà pourquoi nous devons faire corps avec notre armée qui est en cours de refondation.
À propos de la guerre côté Russie
Poutine est dans son imaginaire. Il veut détruire l’Occident qui, selon lui, l’humilie. Les USA ont le même désir, mais pour une autre raison !
L’Europe indolente le découvre à ses dépens. Son réveil est brutal.
La guerre est militaire sur son flanc Est et hybride partout ! La manipulation des partis politique, en particuliers les extrêmes, fait des dégâts sur les démocraties occidentales.
La Chine n’est pas en reste pour abrutir nos concitoyens et affaiblir nos économies.
Cette Russie-là, avec ses alliés du Sud Global, nous pousse à penser une armée capable de faire face aux guerres hybrides. Elle nous impose de reprendre en main nos gouvernances qui laissent prospérer les vecteurs de dégradation de nos démocraties.
Alors, nos armées ne vont pas simplement recevoir plus de munitions. Elles vont devoir agir en synergie avec les citoyens.
À propos de la guerre côté USA
Julien Devaureix nous décrit dans sa vidéo le schéma dans lequel nous sommes impliqués.
Cela n’est pas seulement le fait de Peter Tiel comme on pourrait le croire en l’écoutant, mais cela s’inscrit dans la continuité de la dernière Guerre Mondiale.
À la fin de cette guerre, les USA ont capté le savoir-faire en matière de bombe atomique. C’est-à-dire une arme de dissuasion.
Ils ont estimé nécessaire d’y adjoindre une arme offensive. Elle s’appelle les GAFAM. Elle a été conçue au Pentagone et mise en œuvre dans la Silicon Valley, maquillée avec tous les narratifs que l’on connaît.
Le général de Gaulle a réussi à faire en sorte que nous ayons également l’arme de dissuasion. Il a voulu développer une arme, non pas d’influence massive, mais d’attractivité civilisationnelle.
Pour cela, nous avons bravé l’accord secret (deux derniers paragraphes) par lequel des USA nous interdisaient de le faire. Cela a donné lieu à de très nombreuses innovations en matière de numérique grand public (minitel, monétique, univers 3D, robotisation, satellites de surveillance…).
Depuis le président Giscard d’Estaing, ces travaux ont été cédés aux USA, sans volonté d’entretenir ce patrimoine d’expertise.
Les USA n’ont pas renoncé à mettre en œuvre leur projet. Les présidents américains se sont succédé avec différentes sensibilités vis-à-vis de l’Europe et du reste du monde, mais aucun ne s’est formellement insurgé sur les monopoles de faits des géants du numérique.
Le modèle de société que propose la Silicon Valley, dont Peter Tiel est le stratège visible en matière de déploiement, repose donc sur l’idée que la technostructure made in US doit devenir le prestataire de toutes les nations. C’est pourquoi, une nation qui aurait des velléités de cultiver une forme quelconque de démocratie est un obstacle.
L’argument invoqué par les détenteurs de cette arme d’influence massive est que la démocratie entrave l’innovation. La preuve, disent ces stratèges, est que l’Europe est engluée dans ses réglementations.
Ce raisonnement est hautement spécieux : la commission européenne ne fait pas la stratégie de ses membres. Elle veille au cadre de ces stratégies. Jusqu’à présent : « protéger les consommateurs » et à présent : « développer le tissu entrepreneurial ».
De plus, nous savons qu’elle est fortement influencée par les lobbyistes, notamment américains qui entravent les projets.
Tous ceux qui travaillent dans le numérique en savent quelque chose pour ne parler que de ce secteur.
Les citoyens européens ne peuvent accepter le modèle de société que tente de leur imposer les USA. Même s’ils ne comprennent pas toujours les tenants et les aboutissants de la situation, ils comprennent de mieux en mieux l’importance de prendre la maîtrise de leurs données.
L’IA ne va pas tenir toutes les promesses annoncées, mais cette bulle leur aura permis de comprendre ce carburant. Ils sont prêts à se mobiliser. Reste à organiser cette mobilisation.
L’armée y prend sa part, même si cette forme de guerre est nouvelle et donne même lieu à l’émergence d’un nouveau corps.
Mais c’est aux citoyens qu’il incombe de refuser un numérique qui ne correspond pas à leur nouveau projet de société. C’est à leurs élus qu’il incombe de construire un numérique conforme à la vision qu’ils se font de l’Europe.
Tirer parti de cette « guerre en tenaille »
Nous avons les cartes en main : une population supérieure à chacune de ces deux autres nations et une base de connaissances particulièrement profonde.
Reste à enclencher la volonté de réagir et de construire le modèle de société qui nous convient.
L’accord Blum-Byrnes n’a plus cours depuis 2007, mais nos dirigeants n’en ont pas profité pour rattraper le retard au motif que l’accès au pétrole et aux marchés mondiaux demeurait une priorité.
Nous pouvons transformer la situation en opportunité car le numérique que tentent de nous imposer les USA repose sur une architecture du siècle dernier et surtout une vision de la société qui ne correspond pas du tout aux aspirations des générations montantes en Europe.
Dans ce combat, l’armée arrive en soutien. Ce sont les citoyens qui sont sur le front : les experts, les élus, mais aussi l’ensemble des agents économiques dont les institutions, les entreprises et les citoyens.
Et puis, pourquoi ne pas imaginer que les américains eux-mêmes rejette le modèle de leur propre technostructure ? À nous de démontrer qu’un autre modèle plus respectueux des Hommes et de l’environnement est possible. Il se pourrait que finalement, les Russes le pense aussi …