Nos relations avec les USA, c’est quoi exactement ?

Ayant été au cœur de la guerre du « numérique » dans les années 70 / 80, j’ai pu mesurer la manière dont les USA nous ont considérés comme un protectorat qui fait ce qu’on lui dit de faire et qui élit les candidats qu’on lui propose.

Le numérique s’inscrit, dans la stratégie des USA, comme l’étape qui suit la financiarisation du monde et la tentative d’imposer le $ comme monnaie mondiale. Cette financiarisation est entre les mains d’intérêts privés. C’est elle qui a présidé au développement des géants du numérique, eux-mêmes de droit privé, devenus des monopoles, jamais vraiment inquiétés.

Les GAFAM sont une arme d’influence massive gérée par des entreprises développées avec des finances publiques, qui se considèrent comme des organes supranationaux.

 

Les décideurs européens ont été entretenus dans l’idée qu’il fallait rester sous le parapluie de ce vaste consortium. Ils ont fait ce qu’on leur a demandé.

Quelques fugueurs ont été attirés par les largesses de la Russie. Cela a choqué… Mais peu y ont vu un signe qui imposait de remettre en cause la pérennité de la puissance du moteur du consortium américain.

 

Ce qui entrave le projet américain

La Chine a sa revanche à prendre sur l’occident. Elle a même la rage pour le faire.

Or, dans le même temps, les outils de puissance des USA sont du 20ème siècle et débouchent sur une impasse sociétale : que faire de la terre dévastée par la surproduction et de la population devenue oisive par la robotisation ?

De plus, la monnaie mondiale n’est pas pour demain et sans doute pour jamais ! … Les USA se trouvent donc confrontés à un vide sociétal et économique qu’ils entendent combler en ponctionnant leurs vassaux.

Par-dessus tout, la Chine les tétanise. Alors, ils veulent ramener la Russie dans l’Occident pour faire face à la Chine.

La Russie, qui a dominé la Chine par le passé, devient ostensiblement sa vassale. Ce qui ne lui convient pas. Elle veut exister par elle-même et donc étendre son territoire.

L’Europe ne peut accepter le modèle de société des USA. Elle ne veut pas non plus se faire grignoter par la Russie, vassale d’une Chine, qui se demande si un bloc Eurasie ne serait pas une bonne chose pour elle.

 

Ce qui permet à l’Europe de rebondir

Les pays européens sont contraints de faire cohésion face au danger.

Les stratèges, qui nous ont amenés là où nous en sommes, pensent sans compter sur la réalité des peuples, qui certes, évoluent sans cesse avec des fractures et des unions de communautés à travers des échanges et des progrès, sont dominés par leur propre géographie.

L’Europe est un continent qui a des caractéristiques géologiques et climatiques de plus de 30 000 ans qui ont été super-favorables au développement de la vie humaine. Son relief en a fait des nations qui se guerroient, mais qui savent faire cohésion face à un danger.

Les éléments de puissance du 21ème siècle sont pour une large part immatérielle et leurs souches sont souvent d’origine européenne. Nous sommes donc dépendants de notre capacité à faire émerger nos talents et les mettre en synergie.

Les organisations basées sur la modularité fractale et interopérable deviennent un must dans une civilisation toujours plus complexe. Nous le voyons par exemple avec la manière de recomposer nos armées et nos tissus entrepreneuriaux.

Côté gouvernance, nous avons essayé le féodalisme et les protectorats ou le despotisme. Nous avons besoin d’un modèle qui ne repose plus sur la compétition à outrance, mais à la coopération.

C’est ainsi que notre Histoire fait que nous sommes en mesure de tracer un modèle de société plus mature. Ce sont les générations montantes qui le veulent. Ils défient les élus de toutes sortes, ceux qui défendent L’Etat providence comme ceux qui s’accrochent à l’idée que seules les entreprises créent de la richesse… Ils sont à la recherche de nouvelles doctrines.

Cela va prendre du temps. Par exemple, le mécanisme monétaire qui nous permettra d’avancer ne fait pas l’objet de recherche approfondie. C’est pourtant un point important de notre capacité de rebond : nous ne pouvons faire de la RSE avec la monnaie dette actuelle…

La Chine fait fonctionner distinctement son marché intérieur et ses interactions avec le reste du monde. Elle n’est pas notre modèle, mais son parcours, dont les racines sont aussi vieilles que les nôtres, nous aiguillonne.