L’innovation fille du progrès

Les innovations et les découvertes naissent à n’importe quel endroit de la société. Le Concours Lépine a été créé en 1901 par le préfet de police Louis Lépine pour permettre aux innovateurs dans le domaine du jouet (dont les automates) d’être reconnu.

Mais, seulement reconnus. Leurs innovations restaient des curiosités tandis que les progrès des industriels étaient glorifiés.

 

Comme le rappelle Étienne Klein, avant la dernière guerre mondiale, nous avions l’obsession du progrès. Mais, à partir du déploiement du plan Marshall, c’est la notion d’innovation qui devenue une obsession.

Ce plan a eu pour objectif de redresser la France, dévastée par la guerre. Mais au motif de veiller à son bon usage, les USA ont plutôt veillé à faire de l’Europe un marché stable capable d’écouler les surplus de l’industrie américaine et un fournisseur d’innovation récupérables par l’économie de l’oncle Sam.

 

La tradition du progrès

En Europe, le progrès est une notion ancestrale issue d’une tradition orale.

Le fils du forgeron se devait d’être forgeron lui-même afin d’assurer la continuité du progrès. Ainsi, les forgerons constituaient une corporation. Ce n’est qu’après la révolution française que la mobilité sociale a commencé à prendre forme.

L’ère industrielle a fait évoluer la notion de progrès : ce sont les entreprises qui sont censées le générer et non plus des « fous savants » éparpillés.

Le progrès résulte de la volonté de perfectionner sans cesse ce que l’on produit ainsi que les machines utilisées. La formation professionnelle se développe. Les laboratoires de recherche voient le jour. La recherche se segmente en 2 notions : fondamentale et appliquée.

Cela permet de faire émerger les grandes infrastructures (train et électricité par exemple) et les grandes entreprises (automobile, textile, pharmacie… etc.).

Mais le progrès, dans un domaine donné, n’est pas éternel. Les besoins évoluent. De nouvelles exigences se font jour. Les innovations capables d’y répondre deviennent stratégiques.

Ce ne sont pas les fabricants de bougies qui ont inventé l’ampoule électrique. C’est une suite continue d’innovations qui ont permis de le faire, même si l’Histoire ne retient que quelques noms.

Ainsi, les choses se compliquent : la prospérité passe donc par une combinaison de progrès et d’innovations. Le progrès se passe dans un espace stable et continu. L’innovation dans un espace flou et éparpillé.

Combiner les deux nécessite de la volonté, de la bienveillance et surtout une vision.

 

Le culte de l’innovation

L’innovation consiste à « faire quelque chose que l’on ne faisait pas avant ». Elle est rarement révolutionnaire, mais elle contribue au progrès.

Les cabinets américains, très présents dans les grandes entreprises et les institutions, ont répandu la culture de l’innovation dans nos entreprises. Pour cela, ils ont utilisé des consultants juniors qui étaient eux-mêmes formés dans de grandes écoles et ou des universités, où ils ont reçu une vision dogmatique l’économie.

Nos institutions se sont coulées dans cette vision.

Nous avons constaté au MEDEF que la notion d’innovation est un concept flou : à Bercy, à l’ANR, au CNRS, dans les universités, chez les gestionnaires de fonds, chez les donneurs d’ordre… Les contours sont différents. Cela s’explique aisément : ils n’interviennent pas au même endroit dans la chaîne qui passe de la prérecherche, à la recherche fondamentale puis à la recherche appliquée et enfin à la diffusion.

C’est cette chaîne de valeur qui est à fiabiliser.

 

Marier progrès et innovation dans les débutances

Pour qu’une innovation significative émerge, il faut généralement de nombreux essais. Les start-up innovantes sont fortement exposées aux échecs.

En France, une entreprise qui échoue est détruite dans un tribunal de commerce. Les brevets et les équipements sont bradés aux plus offrants (peu importe la nationalité et l’usage qu’ils vont en faire). Les créateurs de l’entreprise sont « lessivés » afin qu’ils ne recommencent pas.

Cette logique des tribunaux de commerce est vieille de 400 ans.

Elle est choquante car nous avons besoin d’entrepreneurs et nous avons encore plus besoin de capitaliser sur les expériences intermédiaires. C’était la raison d’être des « débutances » proposées en vain à Jean Pierre Raffarin en 2010.

Les débutances sont des pouponnières et des recycleries de start-ups qui permetent d’assurer de la continuité dans le cheminement des innovations. En effet, il faut mettre en route de nombreuses start-ups pour en obtenir une qui parvienne à maturité.

Les débutance ont 3 fonctions :

  • récupérer les créations de valeur et les retours d’expérience des start-up qui ont échoué,
  • permettre aux startupeurs de rencontrer des talents et des experts désireux d’innover sur la base de connaissances acquises ou des travaux de recherche,
  • fiabiliser les ressources humaines concernées ainsi que les investissements.

Etablies au niveau des régions et agrégées de proche en proche au niveau de l’Europe, cette nouvelles forme d’institution permet de fiabiliser les stratégies industrielles et la manière de les déployer.