Le principe

La futurologie repose sur les mécanismes de prise de décisions.

À titre individuel, nous prenons des décisions en nous appuyant sur notre passé immédiat, dont nous avons conscience, et notre passé profond, celui que nous avons hérité de notre lignée mais que nous ne maîtrisons guère. C’est notre passé profond qui a le plus de poids dans notre prise de décision.

Un groupe de personnes a une personnalité qui est marquée par le barycentre de toutes les personnalités qui y sont rassemblées. Le processus de décision de la collectivité est semblable à celui des individus isolés, sauf lorsque la collectivité est sous influence ou fanatisée.

 

Utilité

La futurologie s’utilise pour construire une vision à long terme. Churchill disait : « plus l’actualité va vite, plus il faut regarder loin pour prendre des décisions immédiates ».

La futurologie doit donc être utilisée en amont des autres démarches nécessitant une vision du futur proche ou immédiat.

 

La mise en œuvre

En futurologie cybernéticienne, il n’y a pas de recours à l’imagination, seulement l’analyse des faits (connus).

Le futur y est pensé de manière systémique, c’est-à-dire construit selon une suite logique d’évènements qui ont eu cours dans le passé et qui se prolongent avec leur propre dynamique.

Le futurologue déconstruit le passé en remontant le plus loin possible dans le temps pour identifier la nature et la dynamique de ces évènements.

Il les confronte ensuite à l’évolution probable induite par l’innovation et tous les changements environnementaux.

Le futurologue cybernéticien est donc un agrégateur de connaissances dans de nombreux domaines tels que : la géopolitique, la géographie, l’économie, la sociologie, la climatologie, la biologie, l’anthropologie, les technologies (dont les architectures systèmes)… etc. Il adosse son travail à une veille artistique, technologique et sociétale.

Exemple (générique) : l’homme a cherché à dompter la nature. Pour cela, il a construit des outils et tenté de maîtriser la matière. À présent, il se rend compte qu’il ne peut pas dompter la nature, mais composer avec elle. En revanche, les outils qu’il est capable de créer sont de nature à le libérer des vicissitudes de la vie quotidienne.

Ce constat étant fait, il doit réorganiser sa manière de se comporter vis-à-vis de la nature et de se mettre en position de profiter des opportunités ouvertes par les progrès techniques. Il doit innover en matière de vivre ensemble.

La futurologie se pratique au niveau d’une problématique donnée :

Par exemple : que devient les métiers liés à la justice avec l’arrivée de la conciliation et des legaltech ?

Elle se pratique dans des contextes multidisciplinaires :

Par exemple : que penser de la décrue démographique des villes ?

Le futurologue accompagne les décideurs dans la construction de leur stratégie à long terme.

Ce qui compte dans le travail qu’il fournit, ce ne sont pas les conclusions auquel il aboutit, mais la construction intellectuelle qu’il propose et qu’il soumet au débat.

 

Complémentarité avec les autres disciplines liées au futur

Les prévisions, qui sont à présent réalisées à grands coups de big datas reviennent en réalité à piloter le présent avec un rétroviseur. Ceci a pour effet de gommer la perception des évolutions.

La prospective est faite sur la base de scénarios imaginés. Elle est entachée des biais cognitifs des contributeurs. Ceci a pour effet de masquer la réalité.

La futurologie part des faits et surtout de leur dynamique. Elle éclaire la réalité telle qu’elle est perceptible par les scientifiques.

Toutes les initiatives intellectuelles nécessitant une approche du futur doivent donc idéalement démarrer par une démarche de futurologue cybernéticien.

 

Brève histoire de la futurologie cybernéticienne

Cette discipline existe depuis à peu près un siècle.

Les Français y étaient en pointe. Elle a été enseignée à Dauphine de 1972 à 1976, notamment par les commissaires au plan de l’équipe de Charles de Gaule. Le laboratoire a été fermé au motif que la France n’était une économie planifiée et que par conséquent elle n’avait pas besoin de posséder ses propres futurologues.

En effet, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, deux axes idéologies se sont affrontés : le « monde libre » (libéral) et le monde « planifié » (communiste).

Au motif de suivre le bon usage des biens faits du plan Marshal, les USA ont développé un ensemble de structures privées et collectives qui ont veillé à orienter le développement économique du monde libre.

De ce fait, la futurologie s’est trouvée développée essentiellement aux USA et en Chine.

À présent, les choses changent : le monde « libre » tente de se gouverner à grand renfort de big datas et le monde planifié développe l’entrepreneuriat à tout va. La notion de mondialisation a montré ses limites. Chaque zone géopolitique s’organise pour faire face à la spécificité des évolutions de toutes natures qui refaçonnent son environnement.

La futurologie cybernéticienne sort de son omerta pour apporter sa contribution indispensable à la recomposition de notre vivre ensemble.