Ce concept a été proposé à Jean Pierre Rafarin, alors premier ministre, désireux de fiabiliser notre tissu de startups. En vain. Il est toujours d’actualité.

 

 

Le constat

Le désir d’entreprendre nécessite un minimum de mise en confiance et il faut entreprendre plusieurs fois avant d’accéder au succès.

Les guerres sont devenues au moins autant économiques que militaires. Pour s’en protéger, il est nécessaire de structurer son industrie en réseau et non plus à travers quelques leaders dans une quelques domaines.

Nos pratiques en matière de création d’entreprises ne sont manifestement pas satisfaisantes. Les pôles de compétitivités n’ont pas eu les bonnes feuilles de route et donc pas les résultats escomptés.

Les programmes de débutance sont conçus pour constituer un tissu entrepreneurial robuste et adapté à la culture française.

 

Contexte historique

Au début du 20ème siècle, la France a été un modèle mondial en matière de développement d’entreprises. Il s’agissait d’une industrie lourde, soutenue par une bourgeoisie qui recrutait des « capitaines d’industrie ». Il s’agissait de transformer des inventions en innovations.

 

En ce début de 21ème siècle, nous sommes également en présence de chamboulements innovants, mais la manière de transformer ces opportunités en dynamique économique ne ressemble en rien à l’épisode précédent :

  • Les innovations sont composites, c’est-à-dire qu’elles résultent de la rencontre d’expertises diversifiées,
  • Pour obtenir un succès commercial, il faut innover beaucoup et sans relâche,
  • Ces innovations gagnent à être portées par des structures souples et réactives,
  • Il est inutile de créer une entreprise tant que le projet n’est pas en mesure de s’assumer.

 

Le concept

Les économies dynamiques sont celles qui reposent sur des stratégies qui favorisent l’accompagnement de ces rencontres créatives : un territoire et plus largement une nation doit structurer son tissu entrepreneurial pour se doter :

  • D’une économie locale pour des besoins locaux,
  • Contribuer à l’économie d’excellence qui permet de développer des biens et des services qui servent de monnaie d’échange pour obtenir ce qui ne peut être produit localement.

La gouvernance du tissu entrepreneurial et donc traité de proche en proche, du local au global, en synergie avec l’ensemble des acteurs concernés : la finance, la recherche, l’éducation, les acteurs de la mobilité, l’urbanisme… etc. Sans oublier la concertation avec les entrepreneurs déjà établis localement.

 

À ce rôle, dévolu aux débutances, il convient d’ajouter l’animation des candidats à l’entrepreneuriat :

  • Transformer des idées en succès nécessite une grande accumulation de connaissances, de réflexions et de retours d’expériences. Même si ce travail semble être disponible en abondance sur nos terres, il doit être canalisé, respecté et recyclé jusqu’à maturité,
  • La valorisation du travail fourni en amont de la marchandisation des biens et services imaginés ne peut être effectuée avec la monnaie officielle tant que l’entreprise n’a pas acquis son autonomie sur le marché,
  • La levée de fonds initiale (en monnaie conventionnelle) est généralement insuffisante pour assurer la sortie de la « petite enfance » d’une startup. Ce qui compte vraiment, c’est l’accès aux premiers clients,
  • Les porteurs de projets innovants doivent pouvoir rester le plus longtemps possible présents dans le capital afin de réduire les risques de délocalisations, les pertes de savoir-faire et l’abandon du retour sur investissements des contributeurs privés et institutionnels,
  • Les initiateurs d’une dynamique économique doivent assurer leur retour sur investissement afin d’intensifier la dynamique économique et disposer ainsi de moyens pour évoluer en permanence, projet après projet.

 

Il s’agit de mettre fin à nos pratiques inopérantes telles que :

  • Le saupoudrage d’aides accordées à des entreprises isolées qui n’ont pas encore fait leurs preuves et qui se heurtent à la réticence de leurs clients potentiels rend notre système de création d’entreprise anémique.
  • Compter sur l’angelinat pour financer (au prix fort) le pré-amorçage des projets est une illusion. La destruction permanente des projets avortés sans souci de recyclage fatigue nos énergies créatives.

 

Les débutances constituent une version durable de la stimulation économique

  • En mutualisant les prises de risques,
  • En finançant de façon adaptée les projets,
  • En veillant à la qualité du terreau sur lequel sont implantés les projets,
  • En encourageant les acteurs de ce terreau à favoriser le développent des jeunes pousses.

 

Origine du concept

Les débutances résultent d’une étude prospective à propos de « l’extrême pauvreté des startups française ».

Les principes de lutte contre ce fléau ont été imaginés en amalgamant différentes pratiques, éprouvés dans toutes sortes de contextes : les microcrédits en Inde, la Silicon Valley aux USA, les startups des universités américaines, les pratiques traditionnelles dans le Val d’Aoste en Italie, les barcamps à travers le monde, les monnaies complémentaires en Suisse et dans les favelas…

 

Ils reposent également sur une analyse des mécanismes de financement de l’innovation à travers le temps et les zones géographiques.

Ils sont également très inspirés des tendances développées à propos du développement durable et les logiques d’économie citoyenne.

 

Objectif d’un programme de débutance

Les principes sont les suivants :

  • Identifier la nature et la qualité du terreau socio-économique à vitaliser,
  • Ne pas rechercher un projet rentable immédiatement, mais composer un panel de projets entrant dans une stratégie destinée à être rentable. Ce panel va être optimisé en jonglant avec le recyclage des startups malheureuses,
  • Ne créer les entreprises qu’à partir du moment où elles sont en état d’engranger du profit,
  • Inciter les acteurs de la région et / ou de la corporation à contribuer au développement du tissu économique, chacun selon sa spécialité et sa capacité,
  • Pérenniser les entreprises créées grâce à un capital qui respecte harmonieusement les héros fondateurs et les investisseurs développeurs.

 

Une débutance est créée à l’initiative d’un groupement d’intérêt organisé autour d’un plan stratégique. Ce sont des « investisseurs – prêteurs », intéressés à un titre ou à un autre par le résultat, par exemple en rassemblant : une région (dynamisme économique), des écoles (valorisation des initiatives des enseignants et des étudiants), un syndicat professionnel (modernisation permanente de la profession et de ses savoirs), une banque (sécurisation de ses investissements dans l’innovation) et quelques PME rassemblant leurs moyens logistiques, relationnel et financier autour d’un axe d’innovation dont les nombreuses déclinaisons leur apporteront des possibilités de partenariat « sur mesure » … etc.

 

L’atmosphère qui règne dans une débutance s’apparente à la sensation ressentie par le créatif qui passe du croquis à l’œuvre. L’animation d’une débutance ne peut être confiée qu’a une personnalité capable de rayonner cette sensation parce qu’elle l’a elle-même ressenti avec succès.

 

Les étapes (itératives pour la plus part)

Les gérants de la débutance :

  • Définissent des pistes d’innovations prioritaires à explorer, une enveloppe budgétaire initiale, des moyens logistiques, un calendrier théorique et des objectifs prévisionnels en matière de nombre de jeunes entreprises et d’emplois directs et indirects à créer.
  • Organisent des appels à projets et à contribution en se basant sur sa feuille de route. Les propositions ne sont pas faites sous forme de dossiers dépouillés par un comité, mais à travers des barcamps où les porteurs de projet, les simples contributeurs, ainsi que les personnes qui pensent pouvoir enrichir les projets grâce à leurs savoir-faire et les débouchés qu’ils sont en mesure de proposer.
  • Favorisent les rencontres avec l’objectif d’obtenir des cooptations optimisées. Ainsi, certains projets sont amalgamés d’autres dissociés. Le but du jeu est de faire émerger des équipes-projet motivées et complémentaires, disposées à s’investir dans des innovations entrant dans le programme de la débutance.

 

Lorsqu’une équipe projet est prête à se lancer, la débutance l’accompagne dans l’analyse prospective détaillée de son projet (livre blanc), la définition de son business model et le montage de son business plan.

Entourées de professionnels du secteur et de l’économie locale, les données prises en comptes sont fiables, fabriquées efficacement : à moindre coût et dans un délai bref.

 

Si le projet confirme les espoirs qu’il a laissés entrevoir, l’équipe projet est appelée à s’engager dans une phase de prototypage. Néanmoins, afin que l’équipe reste en contact avec la réalité, les entreprises et les institutions locales sont incitées à confier des missions aux membres de l’équipe projet. Ces missions sont cohérentes avec les travaux d’innovation en préparation. Les prestations sont facturées. Elle constitue une sorte de chiffre d’affaires avant l’heure.

 

  • Le montage : sur le plan financier, les porteurs du projet sont rémunérés avec la protection sociale actuelle. Les frais de développement du projet sont couverts en partie avec les honoraires, en partie sous forme d’avance sur capital. En effet, à partir du moment où la débutance accorde son concours à une équipe projet, celle-ci signe un pacte avec la débutance qui définit les principes de propriété, le montage financier et différents autres engagements réciproques.
  • Le budget engagé sert à payer les frais d’étude préalable ainsi que ceux liés aux prototypages et de fonctionnement de l’équipe ainsi que les interventions de certains spécialistes. Il sert enfin à couvrir l’assurance dont bénéficiera le premier client en cas de problème grave.

 

  • Le suivi : l’équipe projet reçoit chaque mois les moyens s’assurer ses frais du mois suivant. Cette rencontre avec les représentants de la débutance permet de prendre les décisions qui s’imposent : continuer, fusionner, scinder, arrêter. C’est ainsi que sont optimisées les talents et les expériences acquises.

 

  • Le 1er client : les acteurs de la débutance favorisent le recrutement du premier client.

 

  • La création de l’entreprise : Lorsque l’équipe projet est en mesure de présenter un business plan crédible, un premier client satisfait et un carnet de commandes prévisionnel, la débutance cesse de la porter. Une entreprise est créée pour accueillir cette force de production de richesse.

 

  • Lors de la constitution du capital, les prêteurs et les investisseurs maîtrisent leur prise de risque. En particulier, les acteurs locaux se sentent personnellement concernés par la jeune pousse qu’ils ont « fabriquée ». La débutance elle-même entre dans le capital à hauteur de la dette créée par les frais qu’elle a couvert.

 

La dette des porteurs de projet est remboursée par ceux-ci selon un plan de remboursement établi à l’avance, un peu à la manière des prêts d’étudiant aux USA. Le taux d’usure est normalement faible puisqu’il ne s’agit pas de faire une opération financière, mais de dynamiser une économie ciblée. Ce taux est suffisamment élastique pour s’adapter de façon à couvrir des risques qui pourraient obérer le financement de futurs projets.

Certaines entreprises engagées dans la gérance de la débutance ont la possibilité de renoncer au remboursement en contrepartie de parts de capital, selon des modalités convenues de grès à grès avec les porteurs du projet au regard de l’intérêt des partenariats qui peuvent être montés et avec les autres parties prenantes de la débutance.

 

  • La sortie définitive : la débutance est engagée dans l’entreprise pour 4 ans avant d’en sortir définitivement. Durant cette période, elle assiste les jeunes entrepreneurs dans la montée en charge de la complexité la gestion administrative et commerciale a laquelle l’équipe dirigeante est peu à peu exposée.

 

La sortie du capital dégage des liquidités qui sont, selon toute logique, réinvesties dans un nouveau programme de débutance. Les enseignements tirés de cette belle aventure sont également recyclés dans les programmes à venir.

 

Philosophie du modèles économique global

Il s’agit de faire croître l’activité économique et de la diversifier. La méthode consiste à commencer par un programme léger ayant une probabilité de succès relativement élevée. Ce premier programme représente un investissement dont le retour moyen est de 2 ans (recrutement) + 3 ans (incubation) + 10 ans (remboursement) = 15 ans.

Sur les premiers programmes de débutance, il convient de retenir un cycle plus court afin de démarrer progressivement des programmes plus ambitieux.

Le principe consiste donc à enchaîner des programmes de débutance afin de répartir le risque d’un programme à l’autre.

 

Débutance & monnaies complémentaires

Attributions de part de capital

La reconnaissance des contributions de chaque personne ou partenaire impliqué dans la création de valeur d’un projet donnant lieu à la création d’une entreprise est un élément central dans la dynamique d’une débutance.

La technique utilisée consiste à distinguer deux types de contributions :

  • Celles donnant lieu à une rémunération immédiate : elles sont prises en charge dans le capital investi par la débutance. Le projet n’en garde pas la mémoire, sauf lorsqu’il y a recyclage dans un autre projet, hors de la débutance.
  • Celles donnant lieu à de la création de valeur qui sera convertie en part de capital au moment de la sortie de la débutance.

Il est donc important que les parties prenantes de la future entreprise se mettent d’accord sur la part de capital attribué à chacun. Il n’existe pas de mesure objective : le poids apparent de chaque contribution évolue au fil du projet, le temps passé à avoir une idée est insaisissable, la densité d’expertise apportée est impalpable. La clef de répartition doit donc être construite au fil du temps. C’est ce qui est fait lors de chaque réunion d’avancement. L’ensemble des contributeurs et les coordinateurs de la débutance réévaluent l’évolution de la répartition du capital.

 

Les prestations au sein du programme de débutance

Les monnaies complémentaires sont utilisées dans les échanges entre les projets de la débutance afin de favoriser la dynamique locale. Il s’agit d’une monnaie fondante, utilisable également dans les relations avec la gérance de la débutance.

En effet, à l’ouverture d’un projet, un compte est ouvert avec une dotation attribuée par la gérance. Le montant tient compte de la complexité du projet et du nombre d’intervenants probables.

Cette façon de faire permet de budgétiser la consommation d’experts transversaux tels que des juristes ou des financiers.

 

Conclusion

Ainsi, une débutance fonctionne un peu comme une serre où l’on prépare les boutures de type de plantes en création. Les jeunes pousses arrivées à maturité partent sur le marché. Elles laissent la place à de nouvelles pousses ou de nouvelles espèces, sélectionnées au gré des progrès réalisés dans les expériences antérieures.

Contrairement aux pôles de compétitivité, qui sont pensés pour une économie en étoiles, les débutances favorisent l’économie en réseau.

  • Elles fabriquent des composants de qualité qui vont permettre de faire un mécano optimisé pour faire croître les PME,
  • Elles favorisent l’insertion dynamique des talents et des savoirs-faire en transite,
  • Elles sont idéales pour construire l’économie circulaire qui caractérise la réindustrialisation du 21ème siècle en Europe.